Michael Coster Heller
Psychotherapist, Lausanne
Book: 
Flesh of the Soul
The body we work with
Bern: Peter Lang, 2001
Book: 
Body Psychotherapy:
history, concepts & methods
New York: W.W. Norton, 2012
Book: 
Psychothérapies corporelles
Fondements et pratiques
Louvain: DeBoeck, 2008
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Lexique

 
Aqualide

L’aqualide est l’éditeur de l’esprit humain. Elle coordonne les diverses informations qui habitent la nature humaine, et sélectionne les contenus qui deviennent conscient.

I) La première topique de 1900 de Freud contient un certain nombre d’articulations qui ne fonctionnent que si l’on suppose l’existence de systèmes de traduction et d’édition qui n’ont pas été précisés par les psychanalystes d’alors et d’aujourd’hui :

1) Les organes sensoriels transforment des stimulations physiques en activité nerveuse. Freud précise que l’activité de chaque nerf est toujours de la même intensité, quelle que soit l’intensité du stimulus physique. Chaque organe sensoriel réagit à une activité physique particulière, mais elles sont toutes transformées en un même langage, qui est celui de l’activité nerveuse. C’est cette traduction qui permet au cerveau d’associer des informations qualitativement différentes pour former une mémoire, ou une activité psychique.

2) Le prochain système d’édition transforme une activité neurologique complexe en une représentation qui peut être perçue par la conscience. Cette transformation a lieu au seuil de ce que Freud appelle l'inconscient, qui a comme fonction première de recevoir l'ensemble des représentations façonnées par ce second système d'édition.

3) Le troisième système d’édition est souvent qualifié de par Freud de senseur ou de garde. Il surveille les représentations qui montent de l’inconscient au préconscient. La règle de base est que plus une représentation devient intense, plus elle se dirige rapidement vers la conscience. Ce système d’édition règle le flux des représentations, en veillant à ce qu'il ne charrie pas un trop grand nombre de représentations qui noieraient les dynamiques conscientes. Le cerveau déverse un grand nombre de représentations dans l’inconscient, mais la conscience ne peut en utiliser que quelques-unes à la fois de façon explicite. Cet éditeur veille aussi à ce que le contenu des représentations ne crée pas dans la conscience des contradictions qui la paralyseraient. Lorsque l’éditeur veut freiner le flux ou le contenu des représentations, il diminue leur intensité, pour quelles cesses leur migration vers la conscience.

4) Le quatrième éditeur filtre le passage des représentations entre le préconscient et la conscience. Cet éditeur vérifie travail déjà effectué par le troisième système de contrôle.

5) Un dernier éditeur transforme des expériences en dynamiques sensori-motrices capables de réguler les relations entre perceptions conscientes et comportement.

II) L’aqualidologie est une tentative de comprendre ces systèmes qui transforment un type d’information en un autre type d’information, et qui éditent le flux d’information qui devient conscient. Le terme «aqualide» est une façon d’exprimer mon intuition que la coordination de ces éditeurs forme une impression qui enrobe les comportements psychiques explicites, et influencent les consistances d’une atmosphère intérieure qui s’associe à ce que l’on appelle souvent l’humeur du moment. Les psychothérapeutes se laissent souvent influencer par ce type de variables qui influencent l’atmosphère qui se crée en cours de relation, pour débusquer des mémoires cachées, des sentiments détournés et des espoirs refoulés. Ces phénomènes ont un contour flou parce qu’ils regroupent un grand nombre d’informations, alors que des phénomènes plus explicites peuvent avoir un contour plus net parce qu’ils regroupent peu d’informations. Cela explique peut-être pourquoi il est si difficile de créer des représentations explicites des dynamiques aqualides. Pour aider le lecteur à se forger une première intuition lui permettant de situtuer intuitivement la notion d'édition, j’ai utilisé la première topique de Freud, parce que se modèle est bien connu ; mais un siècle plus tard j’utilise bien sûr des topiques plus complexes pour me représenter le fonctionnement de l’esprit. Voici quelques différences cruciales :

1) Les frontières entre processus somatiques et psychologiques sont aujourd’hui plus floues. Je postule qu’entre une action consciente explicite et une activité somatique, il existe un grand nombre de mécanismes qui gèrent chacun quelques informations seulement et ignorent souvent ce que font les autres. Un exemple de mécanisme de traduction impliqué dans une action consciente est la série de régulations qui permet de transformer une activité nerveuse en activité musculaire. Entre un ressenti de détente et un gargouillis du ventre, il n’y a pas de relations directes, mais une cascade de mécanismes qui explique pourquoi une sensation de détente suit parfois la venue d’un gargouillis, alors que d’autres fois détente et gargouillis ne s’associent pas. Les cheminements qui associent une pensée et une activité physiologiques sont multiples et souvent indirectes. Il est même fréquent que l’initiation entre cette association ne se situe pas dans la conscience mais dans des systèmes qui régulent le contenu de la conscience.

2) Il n’y a pas une conscience ou un inconscient, un signe corporel qui s’associe à un message verbal. Tous ces termes s’inscrivent au pluriel dans ma pensée. Ainsi, ce que Freud et Jung appelaient l’inconscient doit maintenant être distingué en deux entités au moins : l’inconscient et le nonconscient. L’inconscient est composé de phénomènes qui peuvent devenir conscients mais qui agissent à un moment donné à l’insu de la conscience. Le matériel refoulé décrit par Freud, actif au niveau inconscient pendant des décennies, peut ensuite redevenir conscient, notamment en psychothérapie. Les phénomènes nonconscients ne sont pas conçus pour devenir conscients, ne visent pas la conscience, et la conscience n’a pas les outils qui lui permettent de les rendre conscients. Dans le modèle de Freud, toutes les articulations aqualides que nous avons signalées, ainsi que les systèmes de défense, sont des exemples de fonctionnement nonconscient qui régulent les dynamiques conscientes.

3) Ceci nous mène à une reformulation de la topique de la conscience. Toutes les expériences sont principalement nonconscientes, certains phénomènes mentaux sont en partie conscients. La formation de systèmes inconscients peut devenir pathogène lorsque leur refoulement empêche un dialogue nécessaire entre dynamiques conscientes et nonconscientes.

 

Michel Heller

Formulation du 5.9.2003